Dans l'histoire sociale du monde occidental, le cas américain a été spécialement brutal, il y eut, par exemple, entre janvier 1902 et septembre 1904, époque qui n'est troublée par aucune grande grève : 198 morts et 2 000 blessés dans diverses grèves locales et lock-out…L'histoire du syndicalisme américain est ancienne. Avant même la déclaration d'indépendance (1776), les artisans se regroupent en sociétés d'entraide pour parer à la maladie ou au décès des adhérents. Très rapidement, à la fin du 18ème siècle, des organisations de défense se constituent par métier (charpentiers, imprimeurs ou cordonniers) dans les villes les plus importantes comme Boston, New York ou Philadelphie, afin de s'opposer aux réductions de salaire que leur imposent les employeurs. Apparaissent alors les techniques qui deviendront traditionnelles du syndicalisme, la grève notamment. Très rapidement, la réponse des employeurs sera de recourir aux tribunaux : la technique deviendra, elle aussi, traditionnelle. Dès 1806, les syndicats sont poursuivis et condamnés pour conspiration dans le but de limiter le commerce, selon la doctrine anglaise du common law qui estimait que toute tentative des travailleurs pour s'organiser afin d'obtenir de meilleurs salaires constituait en fait une conspiration contre le bien public. Très rapidement le syndicalisme est considéré comme une entrave au libéralisme économique et, face au mouvement solidaire des travailleurs qui eux considéraient le libéralisme comme une entrave aux libertés et aux intérêts des salariés il faut bien dire que ces attaques, souvent réussies contre les syndicats, la récession provoquée par la guerre de 1812 contre l'Angleterre, et les difficultés causées par les guerres napoléoniennes en Europe, allaient ralentir la progression syndicale américaine. Pourtant, le développement économique et les débuts de l'industrialisation vont permettre la renaissance d'un mouvement syndical qui commence même à établir des liens de ville à ville. Sa croissance est facilitée par une décision d'un juge municipal de Boston (Commonwealth c. Hunt, 1842) qui reconnaît la légalité des associations de travailleurs. Mais si le statut légal des syndicats n'est ainsi plus remis en cause, leurs méthodes (grèves ou boycott) pour obtenir satisfaction restent, pour des années encore, du domaine des tribunaux qui n'hésitent pas à les condamner. Ce n'est qu'à l'occasion de la guerre civile que naîtra, en 1864, le premier syndicat national, l'International Industrial Assembly of North America. La National Labor Union lui succède en 1866, elle ne survivra que jusqu'en 1872. Elle se bat pour la journée de huit heures, adoptée par le Congrès pour les employés fédéraux en 1868. Mais le syndicat se politise et son échec aux élections de 1872 entraîne sa disparition. En 1869, les Chevaliers du travail (Knights of Labor) sont fondés par des catholiques irlandais.